Via
le Net l’internaute peut accéder à une immense bibliothèque...
...y compris à celle des universités prestigieuses
et de leurs travaux (voir travail sur l’Encyclopédie de Diderot
et d’Alembert par l’université de Chicago), qu’elles soient situées
ou non au bout du monde. C’est-à-dire que l'internaute a à
sa portée plus qu’un accès aux simples encyclopédies
en ligne, il a accès à une quantité impressionante
d’informations.
La question peut dès lors sembler ridicule : si l’on accède
à autant d’informations et de travaux, il est inutile de se demander
"Savoir es-tu là ?". Or, selon la formule consacrée, "trop
d’informations tuent l’information", de même que trop de références
possibles tuent la capacité de créer et de s’arrêter
pour se forger sa propre pensée. En bref, accumuler n'est pas
penser.
Ainsi lorsque l'on se saisit de l’encyclopédie pour chercher des
informations sur un concept précis, il n’est pas dit que ce concept
fasse à lui seul l’objet de tout un article. C’est donc à
nous de le chercher transversalement dans tous les articles, "plus généraux"
qui pourraient y faire allusion. Il y a donc un travail de structuration
de la pensée, qui est essentiel car ce n’est pas seulement les
informations se référant au concept recherché qui
sont essentielles à sa compréhension, mais également
le moyen qui a été mis en oeuvre pour rechercher ces informations.
Par exemple : pourquoi le concept ne fait pas à lui seul l’objet
d’un article ? Pourquoi puis-je le retrouver transversalement dans deux
articles différents qui apparemment n’ont rien en commun entre eux
?, etc...
Il
ne suffit pas d’aller vite, encore faut-il savoir où l’on va.
De ce point de vue, Internet sacrifie une étape
précieuse de la pensée qui est la recherche en elle même.
Il ne s’agit plus d’un travail de pensée mais de compilation de
la pensée, sans structure. Les élèves ont ainsi tous
accès aux mêmes encyclopédies numériques et
se livrent, croulant sous une masse d’informations, le plus souvent à
un travail de couper-coller, sans capacité à traduire une
réflexion personnelle sur le sujet traité. Il est à
remarquer que pour peu qu’ils se tournent exclusivement vers les encyclopédies
françaises en ligne, qui ne sont guère nombreuses (il y en
a deux dont l’une est payante...), les travaux fournis par les élèves
d’une même classe risquent de se ressembler diablement.
De là on peut affirmer qu’il ne faut pas se laisser berner par
le caractère démocratique de l’accès à l’information
via le Net. Il est certes évident qu’à partir du moment
où un élève aura accès librement à Internet
- chez lui ou dans son établissement scolaire, quelle que soit sa
condition sociale - il pourra obtenir les mêmes informations qu’un
élève plus favorisé socialement. Mais il est prouvé
que les personnes venant d’un milieu plus favorisé on moins de mal
à structurer leur pensée (ne serait-ce, par exemple, parce
qu’ils ont une meilleure maîtrise de la langue). De ce point de vue
Internet
ne démocratise donc pas l’accès au savoir, c’est-à-dire
à la capacité d’obtenir des informations, mais également
de se les approprier (pour les analyser, les critiquer, en démontrer
l’inexactitude, etc...).
L’accès
via Internet aux encyclopédies numériques n’est donc pas
un accès au savoir
D'où la nécessité de réapprendre à
apprendre  |